Accompagner un proche en perte d’autonomie (handicapé ou dépendant) peut avoir de lourdes conséquences sur la santé. Trouble du sommeil, fatigue, anxiété, douleurs articulaires, troubles musculo-squelettiques… la santé des aidants est mise à mal.  Sans oublier qu’un aidant sur deux déclare souffrir de stress et de surmenage. Plus inquiétant encore : un tiers des proches aidants meurent avant leur proche malade.

Dans ce contexte, la santé sera la thématique de la prochaine édition de la Journée nationale des aidants, le 6 octobre. La place des 11 millions d’aidants - dont 5 millions auprès d’une personne âgée dépendante - fera partie des thèmes de la grande concertation nationale sur la prise en charge des personnes âgées dépendantes qui débute en octobre.  Par ailleurs, la ministre des Solidarités et de la Santé a inscrit dans sa feuille de route « Grand âge et autonomie », présentée en mai dernier, un plan national pour les aidants.

Avec le vieillissement de la population, l’explosion des maladies chroniques, le développement de la prise en charge en ambulatoire et de l’hospitalisation à domicile, le rôle des proches aidants sera de plus en plus important. D’où l’urgence de prendre en compte leur rôle, leur épuisement, leur droit au répit.

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Damien Cacaret - Docteur en pharmacie et fondateur du réseau Domidom

08 juin 2018
Avis d'expert

"Ces médicaments sont considérés par la Haute Autorité de Santé comme étant néfastes"

"Ces médicaments sont considérés par la Haute Autorité de Santé comme étant néfastes"
  • Fin du remboursement des médicaments anti-Alzheimer au 1er août 2018

 

Agnès Buzyn, la ministre des Solidarités et de la Santé, a annoncé le déremboursement de 4 médicaments contre la maladie d'Alzheimer. Cette décision sera effective à partir du 1er août 2018. Explications.

 

 

Pour quelles raisons la ministre a décidé de dérembourser les médicaments anti-Alzheimer ?

 

En octobre 2016, la Haute autorité de santé (HAS) s'est clairement prononcée pour le déremboursement des médicaments contre la maladie d'Alzheimer. Elle considère « que l'intérêt médical de ces médicaments est insuffisant pour justifier leur prise en charge par la solidarité nationale. » «Ce n'est pas pour des raisons budgétaires, a assuré la ministre de la Santé. Ces médicaments sont considérés par la Haute Autorité de santé comme étant néfastes et entraînant beaucoup d'effets secondaires, dont des fractures et des chutes.", a assuré la ministre de la Santé, le 1er juin, à Europe 1. Tout l'argent économisé sera réorienté vers l'accompagnement des personnes atteintes de maladie d'Alzheimer, soit pour les centres mémoire, soit pour le secteur médico-social qui les prend en charge. Il n'y aura aucune économie faite sur le dos des malades », a-t-elle ajouté.

 

 Quels sont les médicaments concernés ?

 

Les médicaments concernés sont les suivants : Aricept®, Reminyl®, Exelon® et Ebixa®, et leurs génériques. Ces médicaments étaient jusque-là remboursés à hauteur de 15% par l' Assurance maladie, ce qui lui a coûté environ 90 millions d'euros en 2015.

 

Pourquoi cette décision de dérembourser est jugé infondée par les associations ?

 

L'association France Alzheimer et maladies apparentées considère cette décision » infondée et dangereuse". « Cette décision, c'est aussi remettre en cause le travail des professionnels de santé, des neurologues, des médecins qui, depuis plusieurs années, prescrivaient ces médicaments à leurs patients, conscients des bienfaits sur ces derniers. Ils ne prescrivaient pas ces médicaments pour faire plaisir ou à titre compassionnel, voire pour éviter le désespoir du patient. Sachant que certains médicaments ont d'éventuels effets secondaires, jamais un médecin ne prendrait le risque de les prescrire sans être certains qu'il y a un bénéfice attendu, même modeste », explique Joël Jaouen, président de France Alzheimer et maladies apparentée

 

La Fondation Vaincre Alzheimer juge elle-aussi infondé le déremboursement de ces traitements.

"Face à une telle décision, la fondation, en tant qu'acteur majeur de la recherche sur la maladie d'Alzheimer en France, se voit dans l'obligation de rappeler les faits scientifiques relatifs aux médicaments symptomatiques de la maladie d'Alzheimer. Ces constatations démontrent en effet que la décision du déremboursement s'appuie sur des arguments biaisés", explique-t-elle, dans un communiqué.  Voici son argumentaire :

 

1- Les médicaments symptomatiques de la maladie d'Alzheimer : de quoi s'agit-il ?

 

Ces médicaments ont pour cible de favoriser la transmission entre les neurones, grâce au neurotransmetteur « acétylcholine ». En effet, plusieurs études scientifiques ont démontré que le taux d'acétylcholine dans le cerveau des malades d'Alzheimer diminuait fortement. L'objectif de ces médicaments est de faciliter la communication entre les neurones. Cette amélioration a donc un effet sur les symptômes de la maladie d'Alzheimer. Mais ces médicaments ne permettent pas de guérir la maladie.

 

2- L'efficacité de ces traitements a été démontrée dans de multiples études scientifiques

 

De nombreuses études scientifiques prouvent l'efficacité de ces médicaments sur la cognition, les activités de la vie quotidienne et le comportement (agressivité, apathie). Leur efficacité est certes modeste, mais elle est significative. Récemment, cette efficacité a été confirmée sur du long terme par une étude académique DOMINO* qui n'impliquait aucun laboratoire pharmaceutique. Cette étude a montré que les patients traités évoluaient moins rapidement que les patients non traités. Les scientifiques ont également montré que l'arrêt du donépézil augmentait le risque d'institutionnalisation des malades dans les 12 premiers mois. Cette récente étude n'a pas été prise en compte dans le rapport de la commission de transparence de la HAS.

 

3- Une prétendue dangerosité, non avérée

 

Comme tous les traitements actifs, les traitements symptomatiques de la maladie d'Alzheimer peuvent avoir des effets secondaires. Mais ces effets secondaires peuvent être anticipés et prévenus: il est indispensable de vérifier l'absence de contre-indications et d'interaction avec les autres traitements avant de les prescrire. C'est le travail quotidien des spécialistes que de le faire, avec le médecin traitant. Si le rapport bénéfice-risque est défavorable, le traitement est simplement interrompu ou évité.

 

4- Le guide parcours de soins de la HAS n'est pas une alternative aux médicaments symptomatiques

 

Le 25 mai dernier, la Haute Autorité de Santé (HAS) a publié un guide pour le diagnostic et le parcours de soins de la maladie d'Alzheimer et des maladies apparentées. Les thérapies non médicamenteuses et la prise en charge médico-sociale sont essentielles au parcours de soin. Il ne s'agit toutefois pas d'une alternative aux traitements médicamenteux, mais d'un traitement complémentaire.

 

 

Dans un éditorial publié le 8 juin, Olivier de Ladoucette, Président de la Fondation pour la Recherche sur Alzheimer regrette cette décision du ministère de la Santé :

 

"Le déremboursement des médicaments anti-Alzheimer est une annonce difficile à vivre pour les patients, leurs proches et les professionnels soignants en général. En cause ? Leur relative inefficacité et leurs effets secondaires. Certes, ils ne peuvent guérir la maladie d’Alzheimer, mais rappelons qu’avec ces médicaments, certains patients bénéficient d’un mieux-être et d’un mieux vivre qui préserve un certain temps leurs facultés cognitives, dès lors que les effets secondaires sont maîtrisés"